Génèse et suivi du parc à poissons de la marina de Papeete

     


13/11/2018
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Génèse et suivi du parc à poissons de la marina de Papeete

Avec la construction de la marina de Papeete en 2016, le Port Autonome de Papeete a voulu créer un parc à poissons dont les objectifs étaient d’offrir à la population polynésienne et aux touristes de passage la possibilité de découvrir en plein centre-ville des espèces de poissons et de coraux vivant dans les lagons de Polynésie française, de repeupler le port en donnant aux cages une fonction de nurseries et de rendre les polynésiens acteurs de l’écosystème Ville-Port.

Faire cohabiter les activités portuaires avec une faune maritime imposait de s’assurer du bien-être de la vie en captivité des organismes vivants. Pour ce faire, le Port autonome de Papeete a commandé une étude de faisabilité en 2015. Cette dernière avait conclu favorablement au projet compte tenu de la bonne qualité des eaux, de son contexte environnemental et d’une visibilité satisfaisante pour permettre l’attractivité du parc, et à condition de respecter un entretien technique et biologique très strict. Depuis bientôt deux ans, le Port Autonome de Papeete suit les recommandations faites par les experts.

Des coraux, issus du milieu portuaire et pour la plus part voués à être détruits en raison de leur développement sur des structures nettoyées dans le cadre de la maintenance du port, ont été transplantés dans les deux cages métalliques. La tenue des colonies est très bonne puisqu’elles ont montré une bonne résistance, même suite aux fortes pluies de janvier 2017. Ils servent aussi d’habitats et de zones d’ombre pour les poissons. Plus de 300 colonies coralliennes appartenant à 14 espèces, 9 genres et 6 familles ont été installées dans les cages, ainsi que 2 espèces de bivalves, 1 espèce d’oursin et 1 espèce d’anémone de mer.

La collecte des poissons s’est réalisée à la nasse dans la zone portuaire conformément aux recommandations de l’étude précitée, de septembre 2016 à janvier 2017. Depuis, la pêche a été arrêtée et plus aucun poisson n’a été prélevé. Les poissons grandissent dans un filet souple de 40 mètres de long, 4 mètres de large et de 2.7 mètres de profondeur ainsi que dans deux enclos grillagés de 4.3 mètres de long et de 2.8 mètres de large.

Par ailleurs, fixant la flore et la faune, ces enclos attirent des espèces très diverses  à l’extérieur du parc. Cet « effet DCP » (dispositif de concentration de poissons) contribue encore davantage à la préservation et l’augmentation des stocks de poissons  dans la rade de Papeete. 

A l’intérieur du parc, l’étude préconisait une biomasse comprise entre 5 kgs et 10 kgs par m3. Le Port Autonome de Papeete l’a limitée à 5 kgs par m3 pour favoriser les mouvements des poissons.

Toujours afin de respecter les recommandations des scientifiques sur le rythme nycthéméral des poissons (temps d’alternance jour/nuit), le Port Autonome de Papeete éteint l’éclairage sous-marin des cages tous les jours entre 23 heures et 5 heures le matin.  

Au sein de ces cages, les juvéniles entrent et sortent grâce à un maillage adapté, qui leur permet aussi de grandir et de mieux survivre à la prédation en atteignant la taille refuge. Ils se nourrissent de granulés et de chair de poisson émiettée apportée par nos services, mais aussi de plancton, d’algues, de mollusques et tous autres organismes qu’ils prélèvent sur les structures des cages.

En 2017, on comptait 1569 individus appartenant à 56  espèces et représentant 36 genres et 20 familles de poissons : 30% sont des carangues, 17 % des poissons chirurgiens et 16 % des poissons papillons.

Les poissons présents dans le parc montrent une très bonne acclimatation à leur vie en captivité. Leur comportement est vif sans être excité et très proche de celui qu’ils auraient en milieu naturel.

Les poissons tropicaux grandissent généralement très rapidement pour arriver à maturité au bout de deux ans pour la majorité d’entre eux, âge auquel un premier relâché de poissons pourra être réalisé dans leur milieu naturel de la rade de Papeete.

Le Parc à poissons de la marina de Papeete assure ainsi une fonction écologique et participe à la redynamisation et au repeuplement de la faune de la rade et ses alentours. Le principe est simple : Relâcher des géniteurs prélevés in-situ à l’état de juvénile pour leur permettre de se reproduire ensuite en milieu naturel. Suivront de nouvelles captures de juvéniles qui grandiront à leur tour dans ces habitats artificiels leur offrant le gîte et le couvert afin de favoriser leur taux de survie. Dans leur environnement initial, les juvéniles de la quasi-totalité des espèces n’ont guère qu’1% de chance d’atteindre l’âge de se reproduire au moins une fois. Cette même probabilité au sein du parc atteint 94% !

 

Le parc à poissons a également une fonction pédagogique. En effet, le Port Autonome de Papeete avait installé des classeurs avec des fiches d’information sur chaque espèce de poissons (noms commun, latin, français et tahitien, famille, espèce, éléments de reconnaissance et signes spécifiques). Ces fiches ont malheureusement été vandalisées mais elles seront disponibles sur le site portdepapeete.pf du Port Autonome de Papeete. Des séances de nourrissage et d’informations auront lieu également sur site en 2019.

 

Une étude sur les perspectives d’évolution du parc sera lancée fin 2018 dans le but d’améliorer l’habitat des poissons et l’esthétisme du parc, de renforcer leur autonomie alimentaire et de favoriser l’auto-nettoyage des algues par les gastéropodes et de diminuer ainsi les coûts d’exploitation.

Depuis le début du projet, un suivi vétérinaire est réalisé. Dès l’observation de pathologie, parasitose ou dégradation de l’état de santé des animaux, son expertise est requise et des procédures de prélèvements et d’analyses sont mises en place.

En 2019, une surveillance régulière de l’environnement sera poursuivie afin de réagir rapidement le cas échéant ainsi que des campagnes de sensibilisation à la protection de l’environnement pour prévenir les pollutions extérieures susceptibles d’avoir une influence sur la vie dans les enclos et dans le milieu marin.

Ce parc à poissons est le premier au monde à être réalisé dans un port et contribue inéluctablement à l’embellissement du « waterfront » de Papeete, à la sensibilisation de ses habitants, et à la reconstruction de l’écosystème marin du port de Papeete dont les travaux et les constructions ont endommagé l’habitat naturel des organismes qui y vivent.

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